Vaccins anti-Covid : La chaîne du froid garantie par des capteurs 100% marocains

Nombre de lectures: ( 46 ) | Publié le: 15-03-2021
 

La mobilisation des compétences marocaines pour contribuer à la gestion de cette crise sanitaire inédite ne s'est pas limitée à la production de masques de protection ou la conception d'un respirateur artificiel. Elle atteint la gestion d'un produit aussi sensible et stratégique que le vaccin anti-Covid. Le fait qu'une entreprise ait développé une solution 100% marocaine et le faite que les autorités aient fait confiance à cette solution sont des choses que l'on ne peut que saluer.

Il s'agit du groupe marocain ABA Capital. Cette société d’investissement, spécialisée dans "les business models du futur", a en effet mis au point deux types d’enregistreurs qui jouent un rôle crucial dans la traçabilité de la chaîne du froid du vaccin contre le Covid-19, dans le cadre de la campagne nationale de vaccination qui a démarré jeudi 28 janvier.

"Pensée par le ministère de la Santé en collaboration avec le ministère de l’Intérieur, cette traçabilité de la chaîne du froid démarre de l’arrivée du vaccin à l’aéroport, jusqu’aux stations de vaccination en passant par plusieurs étapes de stockage, de transport et de distribution", explique Mohamed Benouda, président et fondateur de ABA Capital, joint par Médias24.

"Nous avons conçu, développé, produit et installé deux types d’enregistreurs de température qui répondent à deux types d’usages", ajoute-t-il. Les deux produits sont les suivants : le Datalogguer et le capteur de température connecté. Chacun a un usage qui lui est propre.

"Le Datalogguer assure un premier usage au niveau des caisses isothermes porte-vaccins. Il permet de surveiller le transport du vaccin entre les dépôts provinciaux et les unités de vaccination. Cet enregistreur de température est muni d’un écran lumière LED, qui indique les différents états et variations de température, et d’un logiciel programmable pour l’enregistrement des paramètres de température et des alarmes. Le transfert de données enregistrées se fait par l’intermédiaire d’une clé USB intégrée au Datalogguer, et génère automatiquement des rapports au format PDF à travers une application qui s’installe sur ordinateur", précise Mohamed Benouda.

Le capteur de température concerne quant à lui les chambres froides, armoires frigorifiques et réfrigérateurs, ainsi que le transport frigorifique, qui nécessite de la traçabilité en temps réel compte tenu du volume stocké du vaccin et de la durée de sa conservation tout au long de la campagne de vaccination. Il permet "un suivi de température en temps réel à travers une interface reliée au serveur sur laquelle nous visualisons la variation de la température sur un ordinateur, tablette ou smartphone à distance via internet", explique Mohamed Benouda. "Dès que le système détecte un dépassement de température (inférieur à 2° ou supérieur à 8°), une alerte est générée par SMS et par e-mail. Une équipe d’intervention mobile se déplace pour régler la température (via thermostat) ou maintenir l’équipement frigorifique", ajoute cet ingénieur, ancien directeur général de la Société nationale du transport et de la logistique (SNTL) et du Groupe Palmeraie Développement.

"Une solution clé en main tout au long de la chaîne de valeur de l’IOT"

Pour relever le défi de la traçabilité de la chaîne du froid et mettre au point ces deux appareils, le groupe ABA Capital, qui a travaillé en partenariat avec les ministères de la Santé, de l’Industrie et de l’Intérieur, a mobilisé 350 personnes (dont une grande majorité d’ingénieurs), réparties entre ses quatre filiales : Nextronic, spécialisée dans le design produits et la fabrication des cartes électroniques ; Nextcor, spécialisée dans la fabrication des produits électroniques ; DigiEye, qui développe des plateformes logiciels spéciales IOT (internet des objets) ; et Intelifex, qui assure l’intégration et l’installation des équipements IOT et leur maintenance. Le groupe possède un laboratoire et un centre de recherche et d’innovation implantés au Technopark de Casablanca, qui s’ajoutent à son usine basée, elle, à Bouskoura.

"L’enjeu a été d’offrir une solution clé en main tout au long de la chaîne de valeur de l’IOT, qui part de la conception d’un capteur de température connecté, puis sa fabrication, son installation et sa visualisation via une plateforme web, le tout en cinq semaines", indique Mohamed Bensouda. Ces deux types d’enregistreurs ont effectivement été produits en trois semaines, entre novembre et décembre dernier, puis installés "sur l’ensemble du territoire marocain, de Tanger à Lagouira", en deux semaines. "Le 4 janvier, tout était fin prêt."

L’ingénieur veut mettre en avant "une solution clé en main tout au long de la chaîne de valeur de l’IOT : on part de la conception, en passant par la maintenance, jusqu’à l’installation et la visualisation via une plateforme". Il va même plus loin : "C’est une première mondiale en termes de degré d’intégration. A l’heure actuelle, il n’y a pas d’acteur qui soit intégré sur la totalité de la chaîne de valeur de l’IOT : des cartes électroniques sont fabriquées par une entreprise ; des capteurs, par une autre entreprise ; une plateforme logiciel, par une autre encore… Il n’y a pas d’acteur global intégré qui parte du design d’une carte électronique jusqu’à l’installation du capteur."

Des perspectives à l’international

ABA Capital n’en est pas à son coup d’essai dans le domaine de l’internet des objets (IOT), un domaine très récent, encore en voie de développement, qui désigne l’interconnexion entre l’internet et des objets, des lieux et des environnements physiques. "Nous avions déjà fabriqué des thermomètres infrarouges, des caméras thermiques et des oxymètres durant cette pandémie. Nous fabriquons également des capteurs d’humidité, de mouvements, de vibrations… Les deux produits que nous venons de mettre au point s’ajoutent donc à ceux que nous avons déjà développés depuis l’apparition de cette pandémie. Il y a une succession d’expertises qui se rajoutent dans le temps ; la pandémie n’a fait qu’accélérer notre positionnement sur le marché. Le groupe a fait un virage technologique important durant cette période", souligne Mohamed Benouda.

Le prochain virage qui s’amorce pourrait être celui de l’international : les enregistreurs développés par ABA Capital ont en effet retenu l’attention de plusieurs pays d’Europe, d’Amérique du Sud, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Affaire à suivre donc.